LES COUPS DE GUEULE :
Plusieurs petits coups de gueule sur cette ville qui ne peut pas être parfaite. Ben non !
LE DÉCALAGE HORAIRE :
4 petites heures de décalage qui ne m’ont pas laissées totalement indifférente. Mon deuxième jour à Buenos Aires devait se conjuguer avec recherche intense d’appartement pour limiter les frais. Premier rendez-vous à 9h. Je mets mon réveil à 8h, tant pis si je réveille les 7 convives de ma chambre d’hôtel.
Je me lève, me douche, m’habille puis regarde enfin vers la fenêtre et je trouve le temps bien sombre. Je regarde ma montre pour être sûre de l’heure. Il était bien 8h45. Puis un éclair de lucidité s’est imposé à moi. Il était en fait 8h45 heure française, soit 4h45 heure locale. Je n’avais pas changé l’heure de ma montre.
Les yeux plein de fatigue, je suis retournée me coucher, lavée, habillée et ridicule, n’osant pas penser à ce que risquaient d’imaginer les filles de ma chambre. Coup de gueule numéro 1
LA BALEINE BLEUE CHERCHE DE L’EAU POUR NETTOYER TOUS SES TUYAUX :
Il fait chaud à Buenos Aires en février, l’équivalent de notre mois d’août et beaucoup de maisons sont équipées d’air conditionné. Je ne sais pas par quel phénomène physique mais cela entraîne une sorte de condensation et les machines gouttent. Les gouttes tombent des balcons, inlassablement, sur les passants. Coup de gueule numéro 2.
Lorsqu’il n’y a pas de passant elles tombent par terre. Et alors ? Me direz vous. J’y viens
Les trottoirs de Buenos Aires sont souvent faits de petites dalles carrées, invisiblement bancales. L’eau se faufile dessous et stagne. Cette eau peut éventuellement être d’autres liquides auxquels je ne préfère pas penser.
Les jeunes filles, comme moi, affrontent la chaleur par des tenues légères comme jupes/sandales par exemple.
Au moment de poser le pied sur la dalle piégée, l’eau s’échappe, trempe le pied de sa victime et tente de monter au plus haut de la cuisse. Je vais donc quasiment tous les jours au travail avec un pied et une cuisse souillée par ce liquide que j’éspere n’être que l’eau usagée des machines d’air conditionné. Coup de gueule numéro 3
BOUT DE VIANDE :
Gros coup de gueule contre les hommes !! Les commentaires sont incessants, sur le passage d’une femme, même les chauffeurs de taxis sortent la tête de leur voiture pour crier un compliment. ça n’est jamais agressif ni méchant mais je trouve ça relativement insupportable. Je sais que 80% du temps, mon passage provoquera un commentaire, juste parce que je suis une femme, et je suis bien entendu censée passer avec un air d’indifférence. Le pire c’est que même des grands-pères et des papas accompagnés de leur enfant le font. Le machisme en Argentine me semble latent (certainement comme un peu partout, mais ici je le trouve plus « visible »), j’ai l’impression d’être un bout de viande ! Heureusement il ne s’agit pas non plus de tous les hommes.
Après avoir discuter avec une psychologue qui travaille dans un commissariat de femmes (endroit où elles sont reçues en cas de violence, entres autres), j’ai appris que le nombre de violence envers la femme était très élevé en Argentine. Les choses changent mais doucement, surtout dans les provinces. Elle m’a donnée également les chiffres français, cela fait froid dans le dos, on n’a pas de leçons à donner, même si c’est presque moitié moins que l’argentine.
Attention, tout ceci n’est qu’une facette, je ne réduis pas les gens à cela. Je les trouve gentils, accueillants, joyeux etc. Ce n’est pas un coup de gueule contre les argentins mais contre un type de personnes que je qualifierais de… « primitifs ».
Coup de gueule numéro 4
POURQUOI ?
Le yaourt nature n’existe pas…Lorsque le mot nature est associé au mot yaourt cela signifie sucré. Pas de possibilité de manger un yaourt nature dans cette ville. Humm dur dur ! Le goût des avocats, de la viande, des oranges pourrait éventuellement me faire oublier l’envahissement de la malbouffe.
Coup de gueule numéro 5
COUPS DE COEUR
Pour vous parler plus précisément de tous les charmes de la ville, il faudra attendre avril. Et oui, pour l’instant je me laisse porter par les activités et je n’ai pas forcément l’appareil photo avec moi ou je ne pense pas le sortir. Je sais que je visiterai, »touristiquement » parlant, la ville avec Adrien et ensuite avec maman, donc pour l’instant…voici ce que j’ai découvert, entre autres…
Tortuguitas Pour mon premier week-end, j’ai été invitée à passer le dimanche à Tortuguitas, dans la province de Buenos Aires (à 20 km environ), chez Lucia, la compagne de Julio, le directeur du festival. Au programme : piscine et asado (barbecue, typique le dimanche) .
On m’a dit : tu vas voir c’est merveilleux, beaucoup de porteños viennent passer le week-end dans la province, c’est superbe !
Lorsque je suis arrivée dans le centre de tortuguitas, j’ai trouvé l’endroit laid et peu attirant. Je ne comprenais pas tout ce qui m’avait été dit:
Et puis nous sommes entrés derrière l’un des nombreux hauts portails.
Le havre de paix est apparu. Maison magnifique et relaxante qui n’a valu que 45 000 dollars, ce qui explique peut être l’abondance d’européens qui s’installent en Argentine : qualité de vie peu coûteuse.


Ce dimanche a été d’autant plus intense que j’ai assisté aux retrouvailles d’anciens guerilleros durant la dictature de Juan Domingo Perón. Laissez moi vous expliquer dans quel environnement j’évolue ici : Julio Santucho, le directeur du festival, est le frère de Mario Roberto Santucho, fondateur du PRT-ERP, PRT étant le parti révolutionnaire des ouvriers et ERP son bras armé.
Tous les frères Santucho ont été des membres actifs de l’organisation clandestine, d’une manière ou d’une autre, et l’un des seuls survivants est Julio. La famille Santucho, a été pourchassée et les pires tortures leurs étaient réservées, en raison du rôle de Mario Roberto Santucho dans la guerilla. Voyant leurs enfants, neveux, cousins, gendres, belles filles, disparaître un à un, les parents Santucho se sont exilés en Italie et se sont fait porte-parole de la situation argentine en Europe. Julio voyageait parfois pour faire des conférences, dans la même dynamique que ses parents.
Julio a commencé la clandestinité alors qu’il était au monastère et se destinait à être moine. Puis il rencontra Cristina avec qui il aura deux enfants.
Alors qu’il était en Italie, Cristina a été arrêtée avec sa cousine. Par chance pour une fois les enfants ont été laissés avec la grand-mère (les soldats en général les embarquaient pour les donner à l’oligarchie qui n’arrivait pas à avoir d’enfants).
En l’apprenant Julio, s’est vu obligé à rester en exil, car un retour au pays signifiait une arrestation. Antérieurement, et durant les mois qui ont suivi, la résistance s’est organisée à l’extérieur de l’Argentine et notamment en Italie. Une femme est allée là-bas pour récupérer les enfants de Julio qui avaient 1 et 3 ans. Elle s’est fait passer pour leur maman, se faisant appeler dès le départ « mamita » par eux. Avec un autre homme et des faux passeports ils sont sortis du pays.
Cette femme est devenue quelques années plus tard la femme de Julio et elle est la maman de Flor, la dernière fille de Julio.
Cristina aurait eut un enfant de Julio en prison, elle a été arrêtée alors qu’elle était enceinte. Les fils de Julio le recherche avec l’association les grands-mères de la plaza de mayo. Les recherches sont sérieuses et se font avec analyse d’ADN. La tragédie est lorsqu’une grand-mère retrouve un enfant, aujourd’hui adulte et que celui-ci, éduqué dans une famille fasciste, ne peut accepter ni son passé ni ses origines. Certains adultes viennent d’eux-mêmes pour faire les tests. Il me semble qu’environ 300 enfants de disparus ont été retrouvés…
Mario Roberto Santucho le fondateur du PRT-ERP à été tué lors d’un combat armé, son corps a été exposé à toute l’armée qui a trinqué au dessus de sa dépouille.
Voilà une partie de l’histoire résumée et anecdotique. Tout cela pour dire que je suis dans un milieu particulier, où tout les enfants, cousins etc. sont engagés socialement parlant. Le débat est permanant, tant sur l’histoire que sur l’actualité, j’apprends beaucoup.
J’ai donc assisté aux retrouvailles de guerilleros, un dimanche après-midi à tortuguitas, autour d’un asado. Julio, un des fils de Mario Roberto et Pablo, celui qui avait été perdu de vu, se sont retrouvés. Ils se sont rappelés les aspects « romantiques » de leurs souvenirs, comme une de leur épouse a voulu préciser à mon attention. Et puis suite à mes questions un débat intense sur le rôle de la femme dans le parti a éclaté. Evidemment, la perception de Lucia, ancienne guerillera, n’était pas la même que celle des hommes. J’ai également eu le droit à un cours d’histoire. Tout ceci entre deux baignades et de bol de maté. Moment intense et surréaliste.
Week end plage
Petit week-end hors de la ville dans un appartement d’une pièce qu’un cousin de Flor lui prêtait. Nous voilà parties, Flor et ses deux amies Luciana et sabela, avec leurs bébés respectifs. J’ai un peu eu l’impression d’être à un stage pré-maman… Mais c’était très chouette.
J’étais à Valeria del mar, zone connue pour les nombreux pins qui la peuplent. Un Allemand les a importé et la terre s’est révélée être étonnamment fertile. C’est une zone où beaucoup de riches vivent, regroupés sous les pins, dans des maisons « m’as tu vu », avec le gazon coupé à ras et la pancarte attention alarme, bien en évidence. Les maisons sont souvent extravagantes, voici une des plus modestes ci dessous. Quelques photos du week-end.
Prête à partir en camionette
Le maté est de circonstance, même en voiture

La pampa sous un ciel menaçant

Après 7h de voyage à la place de 5, on se pose!!(il faut respecter le rythme argentin…sans stress…)

Vue de l’appart

Le beau temps revient, on en profite!! Baignade délicieuse!
Ballade sous les pins, chez les riches

Les Dufour
Je tiens à remercier les Dufour (Lisou, Françoise et Vincent) qui sont tellement gentils qu’ils ont fait installer une pancarte géante sur le bord de la pampa naissante, pour me rappeler que je ne suis pas seule dans cette grande aventure. Merci !
Vous m’invitez à cette danse ?
J’avais prévu des vidéos mais je n’arrive pas à les mettre donc…photos
Durant tous le mois de février le carnaval était à l’honneur. Danses traditionnelles à gogo ! La murga : danse dansée en groupe, souvent de quartier. Elle symbolise la libéralisation de l’esclave. Entre deux murga, d’autres traditionnelles étaient dansées sur scène et…dans le public.

Le dimanche, place dorrego. Des gens de tous les jours se regroupent pour danser.


La bubamara.
Une fête qui est organisée dans un vieux théâtre une fois par mois. Les gens s’y retrouvent vers 0h00. L’attente est longue car lorsque le rendez-vous est à 0h00 cela veut dire que le concert commencera réellement à 2h00:

on oublie donc l’attente autour de la bière locale.
Un concert a lieu, souvent de musique des Balkans et après on danse. Super soirée, super ambiance, super musique !!
Il y’avait beaucoup de monde. A un moment tout le monde s’est écarté. Il ne restait plus que du vide au milieu de la piste. Les gens se contenaient alors que la musique ralentissait. Et puis la musique est repartie de plus belle et tout les gens ont couru au milieu de la piste et ont dansé ou sauté à nouveau. Cari m’a entrainée dans le rythme effréné, peur de rien. J’ai sauté, dansé, mais quand j’ai vu Cari disparaître sous une foule de personnes, je me suis dit…que je preferais être peureuse et je suis retournée danser sur les bords!

Théâtre dans un bidonville.
J’ai rencontré trois françaises, Zeina, Aurélie et Stéphanie qui ont fait un stage dans des ONG pour leur master. (je les ai rencontrées grâce à Julie, amie de mon année erasmus à Saragosse, qui venait deux semaines à Buenos Aires, trop bien!).
A la fin de leurs six mois de stage les filles ont décidé ou sont en train de penser à s’installer à Buenos Aires.

Elles interviennent entant qu’observatrices extérieures dans une association qui cherche à ce que les habitants de ce bidonville se réapproprient le quartier à travers l’art, hors de la violence, de la drogue etc. Ils se réunissent chaque semaine je crois, et ce sont les participants et non les organisateurs qui choisissent l’activité de la semaine.
J’y suis allée, et j’ai participé, au même titre que les autres, à l’activité théâtre. Ca m’a rappelée un peu le Pérou. J’ai été étonnée par l’écoute que les uns avaient envers les autres, l’acceptation de la critique, l’envie d’apprendre, la confiance. Le groupe était composé de personnes de tout âge. Les thèmes choisis par les groupes d’improvisation étaient déconcertants car ils paraissaient être un caisse de résonances des problèmes que les gamins rencontrent chaque jour : machisme dans les couples parentaux, pas d’argent pour sortir etc.
Belle expérience, belle leçon d’humanisme !
Buenos Aires et ses murs
ça ne pouvait être que ma ville! (cf les blues borthers) Les murs de la ville sont souvent peints. Celui représente l’esclavage, les colons, et le carnaval qui était une possibilité de sortir de son rôle déterminé à la naissance. 

Mon stage
Je suis pour l’instant chargée de l’antenne française du festival, chercher des réalisateurs, des films etc. Je recherche également certains accords avec des traducteurs par exemple pour sous titrer des films, avec les hôtels pour recevoir les invités, etc.
Voici la rue de mon stage, mes collègues et le bureau. 
Le maté
La boisson nationale par excellence ! Les gens en boivent, accompagnés d’un thermos pour remplir inlassablement le maté (nom du bol et de l’herbe). C’est tout un processus qu’il faut respecter. D’abord avoir le maté et le maté : herbe et bol.
l’herbe: elle peut être nature ou aromatisée, sucre, lait, ecorses d’orange, tout est possible.
Remplir le maté d’herbe

Puis glisser la bombilla.
Mettre l’herbe et après la bombilla. Pourquoi ? j’sais pas, ni idea! Verser l’eau chaude.

Boire.
Dire que c’est hyper bon !
Et se reservir toute le journée sur la même herbe…